Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 10:14

Synergie paysanne a le plaisir de vous informer que son premier site internet est en ligne à partir de ce jour sur le lien suivant:

 

www.synergiepaysanne.org

 

Beaucoup plus riche que notre blog, le nouveau site vous permettera de trouver toutes les informations relatives à notre organisation sur nos: analyses, revendications, recherches, documents, vidéos et actualités régulièrement mises à jour.

 

Pour l'amélioration de notre site n'hésitez pas à nous écrire pour nous faire part de vos opinions, vos remarques ou vos idées.

 

A vos claviers!

Par SYNERGIE Paysanne
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Mercredi 14 juillet 2010 3 14 /07 /Juil /2010 15:20

J’accuse | 9 juillet 2010

 

Je vous propose un débat interessant entre deux économistes africains, James Shikwati, directeur de l’Inter Region Network au Kenya, qui publie AfricanExecutive.com et Franklin Cudjoe, directeur du think tank IMANI au Ghana et rédacteur d’AfricanLiberty.org, autour de la question de savoir si les terres africaines doivent être ouvertes à des baux pour être cultivées par des investisseurs étrangers. L’argument est que cela pourrait faire reculer la faim en Afrique.

 

James Shikwati : Les Pays riches utilisent la famine pour prendre les fermiers africains en otage

 

Un délégué lors d’une récente réunion des Propriétaires Européens a posé la question : « Est-il déplacé d’avoir des fermiers européens qui s’installent dans les pays pauvres pour y nourrir ceux qui ont faim ? ». Envoyer des fermiers mercenaires en Afrique sous les guises de la lutte contre la faim est totalement déplacé. La famine est utilisée pour détenir le « milliard le plus pauvre » de l’Afrique en otage par les nations riches.

 

Les économies développées et émergeantes sont prêtes, une fois encore. La Corée du Sud lorgne sur un million d’hectares à Madagascar ; le Qatar cherche 100 000 hectares au Kenya ; l’Arabie saoudite vise 9000 hectares au Soudan ; une firme basée à New York voudrait louer 400 000 hectares au sud Soudan ; une firme britannique a acheté 45 OOO hectares en Tanzanie ; une firme suédoise négocie un bail pour 100 000 hectares et la liste continue…

 

Tout cet accaparement cupide de terres passe sous des qualificatifs aseptisés tel qu’ « investissement étranger » ou encore « développement de terres pour accroître les rendements ». La réinvention de l’ancienne stratégie coloniale qui vint en Afrique au nom de la « civilisation » et aujourd’hui au nom du défi de la famine, ne permet pas de répondre à la question de l’échec des africains à nourrir eux-mêmes leur continent en premier lieu.

 

Il y a des les cas où les communautés avec des technologies de culture supérieures louent les terres à l’Etat sur le continent. Mais on ne reconnaît pas les conflits entre les communautés et leur Etat, qui ont mené à ces larges parcelles de terre « oisive ». Dans les cas où les propriétaires africains louent la terre, les analystes ne cherchent pas à savoir pourquoi les banques internationales sont promptes à financer les extérieurs avec des prêts agricoles pour « nourrir » l’Afrique et produire des biocarburants, plutôt que de financer les entrepreneurs locaux.

 

Les baux extérieurs dans les pays pauvres traitent le symptôme plutôt que la maladie elle-même. Par exemple en Afrique les baux sont négociés avec des organisations, c’est à dire les Etats, qui n’ont jamais été réformé pour atteindre une légitimité auprès de leur administrés. De tels accords de bail ne répondent pas aux problématiques des fermiers, en particulier pourquoi les fermiers dans les pays pauvres ne peuvent produire de manière concurrentielle pour se nourrir eux-mêmes et le reste du monde. Envoyer des fermiers mercenaires revient à perpétuer l’idée préjudiciable que ceux qui possèdent déjà assez doivent posséder plus et que ceux qui ne possèdent que peu doivent le céder.

 

L’Europe, les USA, le Japon parmi d’autres, ont reçu une série de pétitions sur l’impact négatif de leurs subventions agricoles sur l’agriculture africaine. Depuis les indépendances, les prix pour les produits africains, des denrées agricoles aux minerais, ont toujours été fixés par les pays occidentaux, influençant ainsi grandement la quête pour une croissance durable, pour une valeur ajoutée africaine et un pouvoir de négociation. Les décideurs politiques occidentaux ont rappelé ces cinq dernières décennies aux Africains la faiblesse du leadership sur le continent. Quelle élément fait soudain supposer aux dirigeants occidentaux que les l’Afrique s’est enfin dotée des bons dirigeants pour négocier ces terres avec leurs fermiers ?

 

Cet élan d’acquisition de terres africaines pour nourrir les populations des économies émergentes obscurcit le fait que la famine sur le continent est un problème artificiel. Les élites des pays développés et émergents pactisent avec les élites africaines qui ne voient que le court terme pour déposséder les fermiers africains de la possibilité de nourrir eux-mêmes le continent. Les fermiers africains sont privés de financements et de technologies, et rendus esclaves de régimes commerciaux injustes qui leur rendent difficile l’accès aux marchés nationaux, régionaux et internationaux.

 

La quête de location des terres africaines prouve qu’il existe une demande importante pour le produit agricole du continent. Il est impératif que les Etats africains prenne l’avantage de cela, non pas en louant la terre à des extérieurs, mais en fournissant un cadre institutionnel permettant d’accroître la productivité du secteur agricole africain. Il est aussi extrêmement urgent de revoir ces politiques foncières héritées des Etats coloniaux de manière à donner le pouvoir aux africains d’utiliser leur terre pour leur profit et celui du reste du monde.

 

L’effet de court terme de ces baux aux extérieurs sera de générer des revenus pour le maintien des élites politiques.

L’effet de long terme sera de conserver le viol psychologique dans l’esprit de l’africain, qui lui a, depuis plus de cinq siècles, fait croire qu’un africain n’a pas les capacités de se confronter aux défis quotidiens. EN dernière analyse, cette folie des baux aux extérieurs prépare le continent à une autre étape d’épisodes violents, alors que la citoyenneté du contiennent demeure spectatrice du marché.

 

James Shikwati, directeur de l’Inter Region Economic Network, Kenya, AfricanExecutive.com.

 

Réponse à James Shikwati par Franklin Cudjoe

 

Dans son dernier article, James Shikwati tente d’éclipser une compréhension de base de ce qui incite les populations à investir dans une économie.

 

M. Shikwati assume une position conspirationniste qui n’aide pas vraiment ce qui aurait dû être son principal argument qui est que « il est impératif que les Etats africains prenne l’avantage de cela, non pas en louant la terre à des extérieurs, mais en fournissant un cadre institutionnel permettant d’accroître la productivité du secteur agricole africain».

 

Accroître la productivité en agriculture signifie aussi la capacité d’entreprendre à grande échelle – et non la vie agricole paysanne voire nomade dont nous faisons l’expérience depuis la nuit des temps. Or, premièrement, les locaux n’ont pas le type de financement pour faire cela et leurs propres Etats s’affairent à constituer des goulots d’étranglement – par exemple par les difficultés à obtenir des actes de propriété, qui clairement empêchent d’utiliser les terres comme hypothèque pour des prêts bancaires. Lorsque les prêts bancaires existent, les taux d’intérêt, réglementés, sont prohibitifs. A ce jour 60 000 litiges fonciers attendent dans les tribunaux du Ghana, parfois depuis plus de dix ans. Cela a des chances de faire fuir les investisseurs du secteur agricole ! L’agriculture contribue à 40 % du PIB du Ghana, sans doute je pense parce qu’elle emploie 70% des Ghanéens, la plupart des paysans qui font usage de méthodes basiques de culture mais totalisant 6 % des prêts à l’agriculture. Et à en croire certains chiffres, le reste de l’allocation de ces prêts n’apporte pas grand chose : nous importons toujours 40 % du riz et des volailles.

 

Sans doute James Shikwati appelle-t-il l’Etat à mettre de côté de nombreuses terres pour une agriculture collectivisée. Nous avons pris cette voie tortueuses il y a cinq décennies, avec les résultats que l’on sait. Imaginons l chaos au Kenya si l’Etat devait superviser la redistribution des terres – sachant qu’il n’a pas encore récupéré des conflits postélectoraux liés en grande partie à la question foncière.

 

En dehors de cela James Shikwati avertit les propriétaires fonciers africains de se méfier des étrangers prétendant vouloir nourrir les affamés locaux. Mais ne vont-ils payer des impôts et employer des locaux ? Voilà un suggestion que Meles Zinawe en Ethiopie saisirait au vol : il a soutenu que permettre aux Ethiopiens de posséder leur terre leur ferait la vendre aux multinationales. Il semble avoir cependant oublié un principe élémentaire de marché : cela demande un acheteur et un vendeur à un prix sur lequel ils se sont accordés. Si le prix en vaut la peine, l’acheteur doit avoir un projet pour rendre cette terre rentable. Il ne fat alors pas s’étonner si l’Ethiopie dispose de 60% de terres arables mais n’en cultive que 10%. Et bien sûr l’Ethiopie trouve l’aide alimentaire pratique comme moyen pour contenir ses citoyens, en permanence dépendants de leur Etat.

 

Plutôt que de faire fuir les investisseurs, pourquoi ne pas créer des accords selon lesquels par exemple il doivent installer au niveau local des usines de conditionnement agricole pour ajouter encore de la valeur à leur produit. Cargil et Nestlé au Ghana sont tenus de faire cela avec notre cacao et ils trouvent la solution acceptable. Et imaginons les effets de ricochet simplement en termes d’emploi ! Mais évidemment j’imagine que cela ne pourra arriver que lorsque la campagne qu’endossait à une époque James Shikwati pour arrêter l’aide internationale, génératrice de corruption et d’absence d’état de droit, sera entendue par les Etats occidentaux.


Franklin Cudjoe, directeur d’IMANI, Ghana, rédacteur d’AfricanLiberty.org.

 

Source: J'accuse

Par SYNERGIE Paysanne
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Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 16:30

La nouvelle Tribune, 15-06-2010


Une nouvelle menace plane sur la sécurité alimentaire du Bénin. Depuis 2006, des grands groupes financiers étrangers et parfois nationaux se ruent sur les terres cultivables béninoises. Le bradage qui se perpétue grâce au mutisme du gouvernement a déjà fait perdre des millions d’hectares à nos paysans. Un paradoxe pour un gouvernement qui prône la révolution verte.


L’initiative, heureuse somme toute, prise par le gouvernement de démarrer la révolution verte en dotant notre agriculture de machines agricoles peut-elle aboutir s’il n’y a pas de terres à cultiver ? Cette question, plusieurs organisations paysannes se la posent depuis que nos terres cultivables sont devenues le nouvel objet précieux recherché par des « chasseurs de terres » décidés à assurer la sécurité alimentaire des leurs à partir des terres béninoises. Cette nouvelle filière mercantile qui fait actuellement recette semble bénéficier de la complicité du gouvernement qui, même s’il n’est pas directement impliqué dans le bradage des terres, en a apporté la caution par son mutisme. Les premiers achats de terre ont commencé en 2006 mais c’est à partir de 2008 qu’on a observé le pic. Actuellement environ 10% en moyenne des terres cultivables béninoises sont dans les mains de ces groupes financiers. Ce sont les communes de Djidja et de Za-Kpota dans le Zou qui battent le record avec près de 50% des terres cultivables aux mains de ces firmes étrangères. Ce qui gène, c’est que la majorité des terres achetées sont actuellement en friche pendant que des milliers de paysans contraints désormais au chômage, ruminent leur misère dans l’anonymat total.



Les nouveaux seigneurs de la terre.



Les nouveaux seigneurs de la terre viennent de partout. Souvent de l’Europe et d’Asie mais aussi de certains pays africains, ils sont pour la plupart des groupes qui disposent de moyens financiers importants. C’est ainsi que la société italienne Green Waves aurait acquis 200.000 hectares à Toui dans la commune de Ouèssè pour la culture de Jatropha (à partir duquel on produit du bio gasoil). Les Libyens ont acquis entre 100 et 200 hectares à Za-Kpota. Les Chinois sont présents à Séhouè où ils ont acquis 600 hectares pour la culture de maïs, de fruits et de légumes sans oublier que le gouvernement lui-même a mis à la disposition de ces Chinois près de 60 hecatres à Sèmè Kpodji pour, dit-on, construire un centre de formation agricole. La société béninoise Cajaf Comon a acquis près de 5000 hectares de terres dans les communes de Zogbodomey et de Zè pour la culture de maïs, de soja et de palmier à huile. A Massi dans la commune de Zogbomey, une société nigériane nommée Betexco a acheté environ 1000 hectares pour la culture de manioc. Des anciens présidents de la république et des personnalités importantes du Bénin sont aussi dans cette affaire et ont acquis des terres à Djidja, dans le Couffo et ailleurs. De nombreux spéculateurs auraient acquis des milliers d’hectares de terres en friches dans les communes de Djidja, Za-Kpota et à Ouèssè pour les revendre ou les apporter en capital dans des sociétés commerciales. C ‘est le cas par exemple d’un investisseur béninois, actionnaire du groupe Mtn qui a loué près de 1000 hectares de bas-fonds dans la commune de Djougou pour la culture de riz. Pour acquérir ses terres, ces sociétés usent de divers subterfuges. Ils font croire aux paysans, une fois qu’ils vont racheter les terres, qu’ils seront pris comme des paysans modernes avec des motoculteurs et des salaires mirobolants. Parfois ils les intimident en leur faisant croire que s’ils ne vendent pas leurs terres, l’Etat viendra les exproprier. Des fois, on leur propose des contrats de bail où des intermédiaires cupides s’enrichissent sur leur dos. Pour vite embobiner leurs victimes, ils passent par des intermédiaires comme des Ong et des personnes influentes du milieu. Dans ce domaine, c’est le vizir d’Africa Culture Akandé Olofindji qui joue au courtier international. Secrétaire général de l’Association des rois du Bénin, il utilise ce titre pour influencer les rois et les chefs coutumiers pour racheter les terres. Fin 2009, il a déclaré sur France 24 qu’il dispose de 150.000 hectares qu’il entend mettre à la disposition des sociétés étrangères. Aux dernières nouvelles, des Koweitiens se sont manifestés pour acquérir ce domaine.



Ventres d’autrui, agro carburants d’ailleurs.



Selon nos sources (note du bloggeur: Synergie Paysanne), la ruée vers ces terres cultivables s’explique par le fait que ces sociétés sont à la recherche d’énormes terres pour compenser le manque qu’elles rencontrent dans leurs pays pour développer une agriculture industrielle afin de satisfaire les besoins de plus en plus croissants d’entreprises semencières et chimiques mais aussi et surtout pour la culture de produits vivriers à l’étranger. On comprend donc que ces sociétés étrangères sont à la recherche de terres pour donner à manger à leurs compatriotes. C’est d’ailleurs ce que font déjà les Chinois qui produisent au Bénin du sucre de bonne qualité, de la tomate et de maïs sucré consommés en Chine et dont la moindre quantité ne traîne ici. L’autre raison qui explique ce bradage est la recherche de terre pour la production des agro carburants. En effet, dans le souci de chercher des énergies de substitution pour freiner « la dictature du pétrole », des chercheurs ont imaginé la production de carburants à partir des produits vivriers comme le maïs, la canne à sucre,  le manioc…Le Brésil qui est aujourd’hui l’un des pionniers de ces agro carburants fabrique des automobiles consommant ces carburants. L’Europe de qui nous importons la grande partie des véhicules consommés au Bénin, a opté seulement  pour que 10% des véhicules en circulation utilisent ces carburants.


Il faut donc attendre des décennies pour voir les premiers véhicules à agro carburant au Bénin. A quoi bon de produire de l’agro carburant alors que nous ne sommes pas sûrs de les consommer au Bénin? Sur ce sujet, Benoît Sèbio, un Béninois, spécialiste et conseiller pour le Brésil en agro carburant a demandé au gouvernement de ne pas s’engager dans cette filière tout de suite car rien ne prouve qu’elle va prospérer dans les pays développés. Pourtant, le gouvernement laisse le système se perpétuer  grâce à une législation foncière très laxiste et confuse. « Une société qui produit ce qu’elle ne consomme pas et consomme ce qu’elle ne produit pas est condamnée à la dépendance et la misère ». Le gouvernement a semblé oublier cette maxime.

 

 
Marcel Zoumènou                                                                                                            

 

Source:http://www.lanouvelletribune.info/201006155972/une/des-terres-cultivables-bradees-a-des-groupes-financiers-etrangers.html

 

Par SYNERGIE Paysanne
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 12:06

Pain pour le Prochain et Action de Carème | May 2010

 

L’accaparement des terres : La course aux terres aggrave la faim dans le monde


Collection Repères, 1/2010, par Pain pour le Prochain et Action de Carème

Pour télécharger le document complèt (3 Mb), cliquez içi

 

Table des matières


Editorial


Introduction

La soif de terres aggrave la faim dans le monde
L’accaparement des terres viole le droit à l’alimentation


L’accaparement des terres et les changements climatiques
Un cercle vicieux


Accaparement des terres et flux financiers internationaux
L’implication du secteur financier suisse
Addax Bioenergy en Sierra Leone


Exemples et partenaires
Spéculation foncière au Bénin au détriment des plus démunis
GRAIN – des travaux de pionnier contre l’accaparement des terres


La communauté internationale
Etat des lieux des tentatives de réglementation sur le plan international


Bilan et perspectives
« Situation gagnant-gagnant » ou exploitation unilatérale ?


Introduction


La soif de terres aggrave la faim dans le monde

par Miges Baumann, responsable de la politique de développement, Pain pour le prochain

Un nouveau phénomène menace la souveraineté alimentaire des pays du Sud : l’accaparement des terres. La vente ou la location de terres à des Etats tiers ou à des investisseurs étrangers aggravent la pauvreté et la faim.

Notre véhicule quitte Mojo à toute allure et se dirige vers le Sud-Ouest en traversant le haut plateau éthiopien. Nous longeons une clôture récemment érigée – 5 minutes, 10 minutes, 15 minutes passent. La clôture semble s’étirer à l’infini. Il n’y a pas grand-chose à voir derrière, mis à part quelques arbres et un peu d’herbe. « Il s’agit de terres clôturées destinées aux investisseurs étrangers », explique mon accompagnateur. Mon regard balaie cette énorme surface. Nous sommes en 2007.

Deux ans plus tard, le directeur de Agence d’investissement agricole éthiopienne, Esaya Kebede, explique que l’Ethiopie a déjà clôturé trois millions d’hectares de terres en vue de les louer à des investisseurs étrangers1. Cette surface est équivalente à la Belgique. N’oublions pas qu’au moins 6,2 millions d’Ethiopiens, victimes de faim et de sous-alimentation, dépendent de l’aide alimentaire.

L’Ethiopie n’est pourtant pas un cas unique : au Soudan, en Zambie, au Mozambique, à Madagascar, au Laos, au Cambodge et dans bien d’autres Etats, la malnutrition dont souffre la population a atteint des proportions inquiétantes.

 

La colonisation sous couvert de contrats

Des pays en pleine expansion économique tels que la Chine et l’Inde et quelque 1000 fonds d’investissement et fonds spéculatifs occidentaux (par ex. Passport Capital des Etats-Unis ou PF(LUX)-Agriculture Fund de Pictet en Suisse) ainsi que des banques (par ex. UBS ou Goldman Sachs) achètent ou louent des terres agricoles dans des pays pauvres. Grain, une ONG internationale partenaire de Pain pour le prochain, a qualifié ce procédé d’ « accaparement des terres » pour la première fois en 2008, créant ainsi un nouveau concept. La Banque mondiale et de nombreux gouvernements préfèrent parler d’ « investissements agricoles », expression sans connotation néocolonialiste.

Or, même Jacques Diouf, le directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a récemment mis en garde contre le néocolonialisme associé à cet accaparement des terres. Les procédés modernes sont néanmoins plus subtils qu’à l’époque coloniale. Si, dans le passé, les pays étaient annexés par des armées, ce sont aujourd’hui des juristes qui, pour le compte d’entreprises ou de gouvernements, élaborent des contrats d’achat complexes et opaques. Ces marchés sont souvent conclus dans un  cadre quasi légal, fréquemment entaché de corruption et de violations des lois nationales en vigueur.

 

Des transactions d’une valeur de plusieurs millions

La Banque mondiale estime que les surfaces agricoles négociées, louées ou vendues depuis 2006 en Afrique, en Amérique latine et en Asie s’élèvent à quelque 50 millions d’hectares. Cela correspond à près de la moitié de l’ensemble des terres arables en Chine. Selon les estimations de 2009 de la FAO, la vente de terres effectuée de cette manière a touché 20 millions d’hectares rien qu’en Afrique. « Les chiffres sont probablement encore bien plus élevés en réalité », affirme Grain, qui estime que jusqu’à présent, quelque 100 milliards d’USD ont été dépensés pour financer ces transactions. La Banque mondiale, prudente, parle d’un montant de 50 milliards d’USD.

« L’agriculture industrielle est introduite dans les pays en développement au moyen de l’accaparement des terres aux dépens des exploitations familiales, qui sont petites mais productives », affirme avec conviction Henk Hobbelink de Grain. Une grande partie du capital investi provient de pays du Sud tels que la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Proche-Orient. La Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) estime qu’en 2008, environ 40 pour cent des investissements agricoles transnationaux étaient issus de pays du Sud.

 

Les crises sont un moteur puissant

Cette nouvelle soif de ressources foncières est imputable aux récentes crises : en raison de la flambée des prix des aliments en 2008, des gouvernements tributaires des importations ont commencé à considérer la culture vivrière à l’étranger comme une nouvelle stratégie permettant de garantir la sécurité alimentaire de leur pays. Des Etats comme la Chine, l’Inde ou l’Arabie Saoudite ont pris conscience de l’impossibilité de couvrir leur besoin croissant de denrées alimentaires et de fourrage sur le marché international. C’est sur cette toile de fond que des entreprises étatiques et semi-étatiques ont développé le commerce transnational des terres agricoles avec le soutien de leurs gouvernements.

La crise financière a également poussé le secteur financier à s’intéresser aux surfaces cultivables. En pleine crise financière et hypothécaire, l’exploitation des terres a attiré les fonds d’investissement et les fonds spéculatifs ainsi que les banques, présentant de nouvelles possibilités de placement sûres avec un bon potentiel de rendement. Le secteur agricole, les fabricants de machines agricoles ainsi que de nombreuses entreprises semencières et chimiques escomptent aussi des revenus plus élevés grâce à la culture industrielle sur d’énormes surfaces agricoles.

L’émergence d’une crise mondiale de l’eau entraîne aussi l’augmentation de la demande de terres arables pouvant être facilement irriguées. Enfin, le réchauffement de la planète, qui, en raison des pluies imprévisibles, limite fortement la production d’aliments et d’autres produits agricoles dans certaines régions du monde, est également à l’origine de la hausse de la demande de terres sur lesquelles la production d’aliments est garantie.

 

Aux dépens des plus démunis

Paradoxalement, un grand nombre de pays qui favorisent les ventes massives de leurs réserves foncières sont touchés par la famine chronique ou par des problèmes de malnutrition largement répandus parmi la population. C’est principalement parce qu’ils sont mus par des notions de développement erronées que les gouvernements décident malgré tout de mettre de vastes régions à la disposition d’investisseurs étrangers. Ces transactions sont de surcroît souvent marquées par la corruption et l’enrichissement des élites. Certains gouvernements pensent néanmoins que la location et la vente de terres contribuent à augmenter le produit national brut et à engendrer de nouveaux revenus, améliorant ainsi automatiquement le niveau de vie de l’ensemble de la population.

Dans le cadre de la crise alimentaire, de nombreux pays en développement se sont vu reprocher d’avoir négligé le secteur alimentaire. Il semblerait que certains d’entre eux considèrent que la location et la vente de terres constitue une solution pour promouvoir l’agriculture, indépendamment des graves conséquences sociales, économiques et écologiques.



Source: http://farmlandgrab.org/13192

Par SYNERGIE Paysanne
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Mercredi 9 juin 2010 3 09 /06 /Juin /2010 10:37

En réponse à la nouvelle vague d’accaparement des terres, par laquelle des investisseurs privés, louent ou achètent des dizaines de millions d’hectares de bonnes terres agricoles en Asie, Afrique et Amérique Latine pour produire de la nourriture ou des combustibles, la Banque mondiale (BM) est en train de promouvoir un ensemble de sept principes afin d’assurer le succès de ces investissements.

 

La FAO, le FIDA et la CNUCED ont accepté de rejoindre la BM pour, ensemble, faire avancer ces principes. Leur point de départ est que la course actuelle du secteur privé pour l’acquisition de terres agricoles est risquée.

Après tout, la BM vient juste de finaliser une étude dans vingt (20) pays dont le Benin montrant la magnitude de cette tendance et le point central mis sur le transfert de droits sur les terres agricoles des pays en développement en faveur des investisseurs étrangers.

 

La BM semble convaincue que tout flux de capital privé visant à l’expansion de l’agrobusiness transnational là où il n’a pas encore pénétré est bon et doit être autorisé à avancer afin que le secteur privé puisse retirer plus de richesse du milieu rural. Comme ces investissements sont liés à une privatisation massive et un transfert de droits sur la terre, la BM veut respecter un certain nombre de critères afin de réduire les risques d’explosions sociales non souhaitées : « respect » des droits des utilisateurs actuels de la terre, de l’eau et autres ressources (en les indemnisant), protection et amélioration des conditions de vie au niveau des familles et des communautés (en fournissant des emplois et des services sociaux), et respect de l’environnement.

 

Ce sont les idées centrales qui se cachent derrière les sept principes de la BM pour permettre un accaparement de terres « socialement acceptable ».

 

Mais pour nous OPs et OSC, ces principes sont plutôt un écran de fumée pour tenter de légitimer l’acquisition de terres à grande échelle. Faciliter le contrôle à long terme par des acteurs étrangers sur des terres agricoles appartenant à des communautés rurales est totalement inacceptable, quelques soient les principes suivis.

Les principes de la BM, qui seraient totalement volontaires, visent à créer diversion autour du  « nécessaire » qui est une régulation radicalement nouvelle et effective des investissements en réponse aux crises globales financière, alimentaire et climatique.

 

L’accaparement de terres a commencé à s’intensifier dans de nombreux pays déjà au cours des dix ou quinze dernières années, avec l’adoption de politiques de dérégulation, d’accords commerciaux et d’investissements, et des réformes de gouvernance tournées vers le marché.

 

Les récentes crises alimentaire et financière ont fourni le prétexte à cette vague d’accaparement de terres par les gouvernements et les investisseurs financiers pour essayer de garantir la capacité productive agricole et les futurs stocks alimentaires, ainsi que des actifs qui à coup sûr leur fourniront de grands dividendes.

 

La ruée sur les meilleures terres est une réalité au Benin. Trois grandes zones constituent la cible des investisseurs. Au Sud, hormis Calavi et Tori qui sont des réserves résidentielles, le reste est dans le collimateur des « intermédiaires » qui ont acquis d’importantes superficies pour les revendre.


Le même phénomène s’observe d’Allada à Zogbodomey en passant par Sèhouè, Massi où environ 10.000 ha sont spéculés.


Djidja avec près de 46.000 ha, Zakpota dans le ZOU, Ouèssè et Tchaorou avec 25.000 ha de jatropha ne sont pas épargnés.


Des chinois, avec le soutien de certaines ONGs opèrent à Sèhouè, avec la culture du maïs et des fruits rapatriés vers l’extérieur.


A Massi, un opérateur économique béninois a acquit 1370 ha négociés à 450.000fcfa/ha contre 200.000fcfa versés au vendeur.


A ce jour, en plus de l’escroquerie, l’intermédiaire est en cavale avec plus de 16.000.000 de francs d’impayés aux paysans.


Parallèlement, des Sociétés recherchent des concessions à long terme pour une agriculture de plantation, pour produire de l’agro carburant, des huiles, etc. C’est le cas de la Société Italienne GREEN WAVES à Ouèssè qui a obtenu près de 20.000 ha pour produire du jatropha.


Avec cet actuel accaparement de terres agricoles à grande échelle, le paradigme de la mondialisation a atteint une nouvelle étape qui sapera l’autodétermination des peuples et leur souveraineté alimentaire.

 

La BM voit la terre et les droits à la terre, comme une base cruciale pour les corporations en recherches de gros dividendes sur leurs capitaux. Pour eux la terre n’est pas seulement la base pour produire de la nourriture, mais aussi la pierre angulaire pour exploiter les réserves d’eau et pour promouvoir l’économie des énergies nouvelles.

Il est donc plus important que jamais, les ressources restent disponibles pour ceux qui en ont besoin pour se nourrir de manière durable et pour survivre en tant que communautés et individus, plutôt que pour ceux qui s’enrichissent en produisant pour les riches.

 

L’accaparement  de terres à grande échelle – même quand il n’est pas accompagné d’expulsions forcées – retire la terre aux communautés locales, détruit des modes de vie, détourne les politiques agricoles vers l’agriculture industrielle et les marchés vers une concentration toujours plus grande des intérêts de l’agrobusiness et du commerce global, plutôt que de promouvoir une agriculture paysanne durable, tournée vers les marchés locaux et nationaux pour les générations futures. Cela accélérera aussi la destruction des écosystèmes et le changement climatique.

 

Promouvoir ou permettre l’accaparement de terres à grande échelle est une violation au Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels. C’est en contradiction avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples. L’accaparement de terres à grande échelle ignore les principes adoptés par la Conférence internationale sur la reforme agraire et le développement rural (CIRADR) en 2006 et les recommandations faites par l’Evaluation internationale des connaissances, des sciences et des technologies agricoles pour le développement (IAASTD en anglais).

 

L’accaparement de terres à grande échelle doit cesser immédiatement. Les principes de la BM visent à diluer cette conclusion en essayant de créer l’illusion qu’ils peuvent éviter les conséquences désastreuses.

Les organisations paysannes et la société civile reconnaissent largement que ce qu’il faut à la place, c’est :

 

  • maintenir la terre entre les mains des communautés locales et mettre en œuvre une véritable reforme agraire afin d’assurer un accès équitable à la terre et aux ressources naturelles;
  • soutenir fortement l’agriculture paysanne agro écologique, la pêche et l’élevage à petite échelle, des programmes de recherche agronomique participative et des programmes de formation, afin que les producteurs à petite échelle puisse produire des aliments en abondance, sains et sûrs pour tous et toutes;
  • changer en profondeur les politiques agricoles et commerciales en vue d’adopter la souveraineté alimentaire et soutenir les marchés locaux et régionaux auxquels les gens puissent participer et en tirer profit;
  • promouvoir des systèmes agricoles et alimentaires tournés vers les communautés et basés sur le contrôle des peuples sur les ressources telles que la terre, l’eau et la biodiversité. Mettre en œuvre des régulations strictes et obligatoires qui limitent l’accès des entreprises et autres acteurs publics et privés aux terres agricoles, aux zones côtières et humides, aux pâturages et aux forêts.

 

Aucun principe au monde ne peut justifier l’accaparement de terres !

 

Et pour cela, disons NON aux principes promus par la Banque mondiale sur des investissements « responsables » de la part d’entreprises agro-alimentaires!

Par SYNERGIE Paysanne
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