Que pouvons-nous espérer des agrocarburants au Bénin ?

Publié le par SYNERGIE Paysanne

           Les milieux de l’agrobusiness, de la pétrochimie ou de l’industrie automobile et la quasi-totalité des gouvernants africains, chantent en chœur les vertus des agrocarburants. Selon eux, ces nouvelles filières nous permettraient de rouler « vert » et offriraient aux paysans de nouveaux revenus.

           Ils disent encore, pour légitimer leur appétit vorace des lourds financements qui sont derrière ces projets, que les agrocarburants permettraient de lutter efficacement contre les changements climatiques dus en grande partie aux gaz à effet de serre émis par la combustion des produits pétroliers. Ainsi, il est admis que l'utilisation de l'éthanol pur à la place de l'essence permet une réduction de l'émission des gaz à effet de serre de l'ordre de 75% (source IFEN).

           En effet, en matière de gaz à effet de Serre, on est tenté de penser que le carburant issu des agrocarburants n’engendre aucune émission de gaz carbonique (CO2) et donc que ces carburants sont propres.

           Actuellement, rien ne saurait être plus faux car de toutes les façons, la production d’énergie de manière totalement « propre » n’existe pas. La combustion du carburant « vert » lui-même dégage de l’oxyde nitreux (N2O) et du méthane (CH4) des gaz à effet de serre en quantité supérieure à ce que l’on peut obtenir avec 1 litre d’essence fossile, même si ces émissions de gaz sont marginales, comparées à celles du CO2.

          L’agrochimie par exemple, comme toute chimie est une source de gaz à effet de Serre car les engrais azotés sont fait avec du gaz naturel comme matière première. Si l’on fertilise les champs, l’épandage des engrais est une source d’oxyde nitreux (N2O) qui est un gaz à effet de serre.

          Il en résulte très vraisemblablement que l’utilisation des agrocarburants représente une économie par rapport à l’essence, mais penser que le salut dans les changements climatiques réside dans la généralisation de l’utilisation des carburants « verts », c’est aller bien vite en besogne. 

          L’option nous obligerait à faire des cultures aussi intensives que possible, ce qui pourrait accroître les autres inconvénients déjà significatifs de l’agriculture sur l’environnement, par exemple à travers les pesticides ou l’érosion des sols. Pour produire une tonne équivalent pétrole des agrocarburants, il faut mobiliser en ordre de grandeur, 3 à 4 fois de terres agricoles actuelles.

          Bien entendu cela n’est pas possible car, même si nos pays décident de satisfaire les 10% de besoins de consommation dans les transports avec des carburants verts stipulée par la Directive européenne, cela nécessiterait la mobilisation de 30 à 40 % des terres agricoles actuelles, sans parler de substituer le moindre pétrole pour les autres usages.

          On voit bien que les filières actuelles retenues pour les agrocarburants ne permettraient pas d’espérer substituer un jour ce que nous consommons aujourd’hui comme carburant. En clair, considérer que ce n’est pas grave d’avoir un mode de vie étroitement dépendant de ce combustible vert, parce que le jour viendrait où nous pourrions tous rouler et nous chauffer aux agrocarburants est hélas se bercer d’illusions.

          Une fois encore retenez que nous n’y sommes pas pour faire rouler la voiture de Monsieur tout le monde aux agrocarburants, dans notre pays.

          Pourquoi ne pas affecter prioritairement ces carburants à faire tourner les tracteurs, les moulins ou les générateurs de nos campagnes ?

         On pourrait ainsi partiellement protéger une profession (agriculture) qui est souvent financièrement tendue, des soubresauts du marché pétrolier, pour ce qu’il est vraiment, au moins aujourd’hui, un intéressant problème de politique agricole, qu’un enjeu secondaire de politique énergétique.

         Sur ce dernier point, il vaut mieux commencer par faire de sérieuses économies d’énergie pour s’affranchir du pétrole que de tout miser sur un « pétrole vert » qui sera justement d’autant plus intéressant en proportion de la consommation locale que de l’exportation tel que l’envisage le Gouvernement du Benin.

         Nous les Africains ne savons pas réfléchir par nous-mêmes et pour nous-mêmes. Au lieu de nous inspirer de la réussite des autres pour concevoir notre propre développement, nous cherchons plus à ressembler aux autres, ceux là, qui ont fait des choix de développement en relations avec leurs réalités culturelles et sociologiques. On cite facilement la réussite des pays asiatiques, sans chercher à comprendre tous les processus et les sacrifices consentis qui ont conduits à cette prospérité. Nous cherchons plus à paraître, qu’à être nous mêmes. Nous faisons des choix économiques et des modes de développement qui, accélèrent l’exode rural, aggravent les problèmes aussi bien en ville qu’en milieu rural.

         La crise alimentaire sur le continent, n’est que la conséquence de notre incapacité à concevoir et gérer notre évolution vers la modernité. Nous devons faire attention pour ne pas nous tromper une fois encore.

Nestor MAHINOU, (secrétaire exécutif)

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