La débacle du foncier au Benin

Publié le par SYNERGIE Paysanne

Le Bénin, à l’instar de nombreux pays africains regorge d’énormes potentialités agricoles mais qui sont sous valorisées. Nous en voudrions pour preuves, les éléments de statistiques suivants : Sur les 11 millions d’hectares (ha) de surface disponible, un peu moins de 60% sont aptes à l’agriculture. .

Les raisons de la forte léthargie observée dans le développement agricole sont la marginalisation à outrance des acteurs clés dans le processus de prise de décision et dans la définition des programmes et politiques agricoles.

On avait pendant longtemps pensé que le monde paysan est un groupe cible à qui il faut simplement apporter des solutions toutes faites.

Dans un pays où l’agriculture contribue à plus de 38,4% du PIB, on ne saurait continuer à faire la sourde oreille aux revendications et difficultés éprouvées par les nombreux paysans grâce à qui :

- le coton continue d’être le principal produit d’exportation aux côtés de l’anacarde, les cossettes de manioc, de l’ananas, etc.

- le Bénin est relativement à l’abri de l’insécurité alimentaire malgré la persistance des zones à risque,

- les autres secteurs de l’économie (industrie, transport, commerce) ne sont pas entièrement agonisés à travers l’approvisionnement des matières premières et les services divers de transaction.

Cette prépondérance dans la vie économique est paradoxalement invisible au point où la récompense de cette contribution éloquente à l’économie nationale est réduite à la pauvreté, le sous équipement, l’inaccessibilité à la terre.

Nul n’ayant intérêt à ce que les règles du jeu valables pour tous soient imposées par les seuls décideurs politiques en complicité avec le FMI et la BM, « l’accès au foncier » constitue indéniablement la seule porte de sortie honorable qui s’offre à l’épanouissement d’une agriculture professionnelle et durable.

Pour le rayonnement de l’équité et la justice sociale: artisans, politiciens, commerçants, cadres de l’administration, acteurs de la société civile doivent s’unir et concentrer leurs efforts sur la Campagne contre l’achat massif de nos terres agricoles (pour des fins de spéculation ou la production de cultures non alimentaires comme le jatropha au nom duquel des centaines de milliers d’hectares sont achetés ou mis en concession par l’Etat).

Vrais acteurs au rang desquels se trouve en bonne place et en première loge le monde paysan qui est encore majoritairement à la houe pour nourrir une population dont les décideurs qu’il a élus, et dont l’élite qu’il a contribuée à former décident sans le consulter ou très peu sur les choix stratégiques du développement agricole ; en ouvrant grandement les portes de notre cher pays aux « nouveaux acteurs » comme il est devenu politiquement correct de désigner des commerçants, des fonctionnaires, ministres, députés ou sociétés qui investissent dans la terre. 

Mieux ils se constituent en intermédiaires obligés qui bénéficient plus que le monde paysan du fruit de ses efforts.

Les preuves sont là du Sud au Nord ; de l’Est à l’Ouest.

En effet, partis sur les traces du jatropha de Tori à Ouèssè en passant par  Djidja et Zakpota, plus de 500.OOO hectares de terres sont achetés par les nouveaux acteurs dont nous avons parlé tantôt.

 Imaginez Zakpota, le fameux Zakpota, réputé jadis pour le trafic des enfants, éternelle zone à risque au plan alimentaire. C’est encore Zakpota qui s’est fait emballé avec des centaines d’hectares de jatropha imposé par une ONG de la place ayant reçu plus de 20 Millions de francs CFA du Fonds pour l’Environnement Mondial(FEM).

En effet, le Syndicat des paysans du Benin, en même temps qu’il revendique la place qui est celle du monde paysan l’inscrit dans la dynamique du développement.

Nous voudrions que cet appel contre la ruée sur nos terres agricoles par les étrangers soit bien entendu aux quatre coins du monde et qu’il ne soit pas couvert par le concert des klaxons prônant à tout vent le changement car Synergie Paysanne souhaite le vrai changement.

Si nous voulons amorcer le développement et ce sera un signe tangible du changement souhaité pour notre pays, accordons au monde paysan avec Synergie Paysanne au moins le droit de préserver ses terres et ressources naturelles pour son agriculture.

Car, la conscience politique qui brise les chaînes de l’oppression, celle qui soulève les montagnes pour construire le pays, s’est émoussée hélas très tôt faisant place à celle qui court après les bailleurs de fonds pour créer une richesse éphémère pour quelques fils du pays laissant la majorité se débattre dans le besoin de l’essentiel pour survivre.

Elle ferait certainement mieux si nous protégeons nos terres de l’appétit vorace des investisseurs étrangers en prenant des dispositions législatives pour arrêter la vente anarchique, fondement, pilier, pierre angulaire du développement agricole de notre pays.

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