Lutte contre l'accaparement des terres agricoles : Synergie paysanne s'inspire de l'expérience malienne

Publié le par SYNERGIE Paysanne

Dans le cadre de sa campagne de lutte contre l’achat massif des terres agricoles du Bénin, le Syndicat national des paysans du Bénin (SYNPA-Bénin) communément appelé « synergie paysanne » avec l’appui financier de l’Association suisse pour la coopération internationale (Helvétas-Bénin) organise depuis hier mardi 26 janvier, à l’INFOSEC à Cotonou, un atelier de réflexion stratégique. Cet atelier qui regroupe pour quatre jours les acteurs béninois impliqués dans cette lutte, des acteurs venus du Mali et des journalistes vise à élaborer une stratégie et faire un plan d’actions pour lutter efficacement contre le phénomène.

Hold-up des terres agricoles pour certains, véritable opportunité de développement pour les autres, l’achat des terres arables divise aujourd’hui experts, politiques et autres responsables associatifs. Mais qu’en est-il réellement sur le terrain au Bénin ? Cette interrogation de Nestor Mahinou du Syndicat national des paysans (SYNPA) du Bénin hier à l’occasion de sa présentation de l’exposé sur l’expérience de SYNPA sur la problématique de l’accaparement des terres agricoles montre l’intérêt de l’atelier qui a regroupé les acteurs impliqués dans cette lutte.
Cet atelier dont le contexte a été situé à l’ouverture des travaux par Evelyne Sissinto de Helvétas-Bénin a pour objectifs, d’échanger avec les acteurs du Mali sur leurs expériences de sauvegarder leurs ressources naturelles ; d’élaborer une stratégie convenue pour la lutte contre l’accaparement des terres ; faire un plan d’actions et développer une vision régionale sur la problématique de l’accaparement des terres. Puis, autres enjeux, nouer des alliances avec des partenaires.
Dans la journée d’hier, trois communications ont été présentées aux participants. La première, relative aux insuffisances de la loi qui ne protège pas les producteurs a été présentée par Me Elvire Vignon. Après avoir expliqué les dispositions de ladite loi, elle a récapitulé les insuffisances et les opportunités de la loi foncière en 18 points.
Elle a proposé et demandé la mise en place de la fiscalité appropriée dont la loi n’a pas fait cas ; la constitution des associations d’intérêt foncier. Il y a, selon l’avocate, un manque d’indépendance des organes consultatifs de gestion foncière dans la loi ; l’absence de définition des modalités d’exercice du droit de priorité et du droit de préemption. Elvire Vignon propose également une modernisation des usages et des transactions dans le milieu paysan et que la constitution des entreprises familiales ou non familiales agricoles aient une base juridique ; de même que la forme des avis et propositions des organes consultatifs de gestion foncière soit bien définie dans la loi.
La deuxième communication présentée par Nestor Mahinou de Synergie paysanne sur l’expérience de SYNPA-Bénin relative à la problématique de l’accaparement des terres agricoles s’est basée sur une étude effectuée par le syndicat dans la commune de Djidja dans le département du Zou. Il s’agit ici de mesurer, plus en détail, le processus d’acquisition des terres par les multiples investisseurs.
Selon les études, les parcelles ayant fait l’objet d’une transaction ont toutes concerné une opération d’achat. Aucune transaction observée n’a concerné de contrat de location ou de métayage. Les transactions ont été rares en 2006 (9%) et 2007 (9%) puis deviennent de plus en plus fréquentes en 2008 (32%) et encore plus en 2009 (50%).
La troisième et dernière communication de la journée a porté sur l’expérience du Réseau de Kita au Mali. Il s’agit de la lutte contre la coupe de bois de Venn au Mali confiée à une entreprise chinoise. Présentée par le président du réseau, Mamadou Sissoko et Seydou Kamissoko, cette communication a permis aux acteurs béninois impliqués dans la lutte contre l’accaparement des terres de comprendre les démarches menées par ce réseau pour mettre fin à cette activité qui détruisait les ressources naturelles dans cette région du Mali. Une communication qui été soutenue par la présentation d’un film qui a retracé les différentes actions menées.

Par Bruno SEWADE

Source: La Nation du 27/01/2010

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