L'agriculture béninoise dans la cour des grands

Publié le par SYNERGIE Paysanne

En visite officielle au Bénin, Olivier De SCHUTTER, Rapporteur de l’ONU pour le droit à l’alimentation a visité les militants du syndicat Synergie Paysanne qui défendent l’agriculture familiale. Il nous livre ici ses impressions auxquelles nous apporterons quelques précisions. Au sujet du plan de modernisation de l’agriculture que le Benin envisage, il n’a pas hésité a affirmé que « le programme présente des risques de déséquilibre, et que des menaces pèsent sur le modèle d’agriculture paysanne, prépondérant dans le pays. En effet, beaucoup de Béninois possèdent de petites parcelles où ils pratiquent une agriculture familiale qui marche plutôt bien. Les villages comptent 30 à 50 % de ruraux privés de terres, qui vendent leur force de travail pour cultiver les parcelles des autres. La loi foncière de 2007, dont les textes d’application viennent de sortir, est muette sur cet enjeu crucial de la réforme agraire. De plus, elle va multiplier les occasions de conflit entre droit coutumier et titres modernes de propriété. Aussi, ouvre-t-elle la terre aux échanges marchands, ce qui risque de renforcer la concentration au lieu de favoriser la redistribution », il a déclaré que « le Bénin a la chance d’être plutôt en retard sur des processus déjà engagés dans d’autres pays d’Afrique : les ventes de terres aux étrangers et l’essor des agrocarburants. Mais les projets s’y développent vite, aussi bien pour le biodiesel que pour le bioéthanol. Les paysans semblent conscients qu’il ne faut pas commettre la même erreur que pour le coton, lorsqu’on a donné la priorité à cette culture de rente ». « Ce qui me frappe, après trois jours de mission affirme–t-il, c’est que les organisations paysannes sont placées devant le fait accompli. Les pouvoirs publics ont des choix à effectuer, mais ils ne peuvent le faire qu’en associant les premiers concernés, les agriculteurs ». En effet, d’Akassato dans la Commune de l’Atlantique à Doumahou dans Djakotomey en passant par Ouèdèmé dans la Commune de Lokossa, le constat est le même: D’un côté, une agriculture vivrière (maïs, igname, sorgho) qui fait vivre plus de la moitié de la population dans de petites fermes de moins de cinq (05) hectares, une agriculture paysanne bien vivante qui entend résister aux pressions de l’extérieur. De l’autre, des autorités locales, des hommes d’affaires et un gouvernement qui, grâce notamment à la culture du jatropha, introduite pour la production du biodiésel, rêvent d’être les pétroliers de demain. Cette volonté politique des décideurs pourrait être fragilisée car, le programme de certification foncière, une titrisation qui permettrait aux paysans de sécuriser leurs terres devient une illusion. De lourdes menaces planent. L’expropriation des terres par les investisseurs privés nationaux et étrangers (dont le but est la recherche effrénée de profit) fera d’eux désormais des ouvriers dépendants de l’importation alimentaire avec des revenus dérisoires comme c’est le cas en Amérique latine et en Asie actuellement. Pourtant, la terre fait partie des ressources naturelles qui garantissent la disponibilité et l’accessibilité de la nourriture au Bénin. En effet, des opérateurs économiques incitent les paysans à vendre leurs terres aux investisseurs privés (nationaux et étrangers) avec l’appui du gouvernement comme c’est le cas, dans les villages de Amakpa dans Djidja et de Toui dans Ouessè où, respectivement, plus de 150000 ha et 250000 ha de terre sont déjà laissée. Le moins qu’on puisse dire, la promotion de l’agro business comme par exemple la production de Jatropha sur des terres arables démontre clairement que la souveraineté alimentaire, avec à la clé la violation du droit à l’alimentation des communautés et des peuples est loin d’être une réalité au Bénin. Nestor MAHINOU Secrétaire Exécutif

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